Voyager responsable, c’est prendre soin du monde dans lequel nous vivons. Respecter les personnes, les lieux et les animaux que nous pouvons rencontrer au cours de nos voyages. Au Sri Lanka, les enjeux sont multiples : protection de la faune (éléphants, tortues, baleines), gestion des déchets plastiques, respect de la diversité culturelle, soutien à une économie locale fragilisée par les crises récentes.
Dans cet article, je te partage mes conseils concrets pour voyager de manière responsable au Sri Lanka, les pièges à éviter (notamment certaines pratiques touristiques problématiques), et plusieurs associations locales sérieuses que tu peux soutenir avant, pendant ou après ton voyage.
Ne pas monter à dos d’éléphant et bien choisir ses safaris
De nombreux tours opérateurs proposent encore des safaris à dos d’éléphant, ainsi que les pratiques douteuses du sanctuaire d’éléphants de Pinnawala.
S’il te plaît, ne monte pas à dos d’éléphant au Sri Lanka, ni ailleurs dans le monde. Pour “dresser” ces éléphants, on les enlève à leur mère dès leur plus jeune âge et on les maltraite physiquement et psychologiquement. Ils sont enchaînés, frappés à l’aide de gourdins, de clous et de crochets (ankus). Cette pratique est une vieille tradition de plusieurs siècles au Sri Lanka et dans de nombreuses régions du monde, mais la modernité, la morale et l’éthique font que cette pratique n’est plus justifiée ni applicable.
Pinnawala : à éviter, malgré les apparences
L’Elephant Orphanage de Pinnawala est l’attraction touristique animale la plus populaire du Sri Lanka. Mais derrière le nom “orphelinat”, la réalité est tout autre :
- L’organisation Born Free a publié un rapport critique : éléphants enchaînés, frappés à l’ankus (crochet métallique), utilisés comme accessoires pour les photos.
- Le centre fait reproduire les éléphants en captivité au lieu de se concentrer sur les orphelins (contradiction avec son nom).
- Plus de 90 éléphants vivent en captivité sur seulement 24 acres.
- L’industrie Responsible Travel a retiré Pinnawala de ses circuits dès 2008.
L’alternative éthique : l’Elephant Transit Home d’Udawalawe
C’est, selon les experts en protection animale, le seul vrai sanctuaire éthique pour éléphants au Sri Lanka. Créé en 1995 et géré par le Département de la conservation, l’Elephant Transit Home (ETH) d’Udawalawe :
- Recueille les éléphanteaux orphelins ou blessés.
- Minimise les contacts humains pour préserver l’instinct sauvage des animaux.
- Réintroduit les éléphants dans le parc national d’Udawalawe vers l’âge de 5 ans.
- Aucune interaction directe avec les visiteurs : observation depuis une plateforme uniquement, lors des repas (10h30, 14h30, 18h30).
- Droit d’entrée modeste reversé aux soins.
La meilleure façon de voir des éléphants : dans la nature
Au Sri Lanka, tu peux voir des éléphants en liberté dans plusieurs parcs nationaux :
- Udawalawe : 300 à 700 éléphants, observation quasi garantie, mon parc préféré.
- Minneriya / Kaudulla : “The Gathering” en août-septembre, jusqu’à 300 éléphants ensemble.
- Yala : aussi connu pour les léopards.
- Wilpattu : moins fréquenté, plus sauvage.
Va voir mon article sur les parcs nationaux du Sri Lanka pour choisir lequel te convient.
Choisir un opérateur safari éthique : limite à 3-4 jeeps autour d’un même troupeau, distance de sécurité respectée, pas de nourrissage, pas de poursuite des animaux. Dans Yala et Udawalawe en haute saison, certaines pratiques sont déplorables. Demande à ton hôtel un opérateur recommandé pour le respect animal, ou réserve via une agence locale éthique comme Green Walk Tours.

Le Sri Lanka abrite 5 espèces de tortues marines menacées et l’un des plus grands rassemblements de baleines bleuesau monde.
Pour les tortues
À éviter :
- Les “turtle hatcheries” sur la côte sud (Bentota, Kosgoda) qui retiennent les bébés tortues plusieurs jours en bassin avant relâche : c’est contre-productif pour leur survie.
- Toucher ou prendre des photos avec les tortues sur les plages.
À privilégier :
- Observation des tortues à Hikkaduwa Coral Sanctuary ou Mirissa : tortues sauvages dans leur habitat.
- Snorkeling éthique : distance de sécurité, ne jamais toucher.
- Observation de la ponte sur les plages préservées de Rekawa ou Tangalle (avec un guide local formé) : expérience magique, totalement éthique.
Pour les baleines
À Mirissa (déc-avril) ou Trincomalee (mai-oct) :
- Choisir un opérateur certifié : la charte de bonne conduite limite la distance d’approche (100 m), le nombre de bateaux par baleine (3 max) et le temps d’observation.
- À éviter : les opérateurs qui poursuivent les baleines, s’approchent à moins de 100 m, ou coupent les routes des animaux.
Mon conseil : privilégie les opérateurs comme Raja and the Whales ou Mirissa Water Sports qui ont une vraie démarche éthique. Les “petits prix” cachent souvent des pratiques agressives.
Ne pas utiliser de plastique
Réduire son impact plastique
Le plastique est un énorme problème au Sri Lanka (comme dans la plupart des pays), en particulier dans les zones montagneuses où la gestion des déchets est presque impossible. Le moyen le plus simple de réduire ta consommation de plastique est de dire simplement “non”.
Mes 5 réflexes anti-plastique au Sri Lanka
- Apporte une gourde filtrante : indispensable. L’eau du robinet n’étant pas potable, c’est ta solution pour éviter d’acheter 30 bouteilles plastique sur ton voyage. Voir mon article valise pour les modèles recommandés.
- Refuse les sacs plastiques dans les supermarchés. Toujours un tote bag dans ton sac à dos.
- Refuse les pailles au restaurant ou demande-les en bambou.
- Apporte tes couverts réutilisables pour la street food.
- Privilégie les hôtels/guesthouses qui filtrent leur propre eau et fournissent des gourdes en verre (de plus en plus courant).

Beach cleanup : participe localement
Il n’est pas rare de voir du plastique traîner sur les plages. Heureusement, des actions régulières sont organisées par la jeune génération de Sri Lankais et certains touristes. J’ai moi-même participé à une de ces actions lors de la journée internationale “Beach cleanup”.
L’idée est de faire prendre conscience aux locaux des effets néfastes du plastique. Lors de notre beach cleanup à Matara, sous une après-midi pluvieuse, grâce à l’aide de tous locaux, touristes, expats, nous avons collecté :
- 205 kg de bouteilles en plastique
- 72 kg de bouteilles de verre
- 15 kg de tongs
- 104 kg de déchets divers
- 10 kg de polystyrène
Pour participer à ce genre d’action :
Renseigne-toi sur place auprès de ton hôtel ou des cafés engagés.
Pearl Protectors (Colombo) : ONG sri-lankaise leader sur l’environnement marin, organise régulièrement des cleanups.
EcoSpindles : entreprise sociale qui recycle les bouteilles plastique en filaments.
Respecter la culture du pays
Traite les Sri Lankais comme tu aimerais être traité·e en tant qu’invité·e, suis leurs conseils en matière de comportement et d’habillement, et voyage toujours avec respect.
La beauté du voyage réside en grande partie dans la découverte de la riche mosaïque de religions, de langues et de coutumes qui composent notre monde. Réserve donc du temps pour explorer les sites religieux et culturels.
Les règles concrètes à suivre
- Tenue couvrant épaules et genoux dans les sites religieux (temples bouddhistes, kovils hindous, mosquées, églises).
- Chaussures retirées dans les temples et avant d’entrer chez l’habitant.
- Pas de photos avec ton dos tourné aux statues du Bouddha (signe de manque de respect).
- Ne touche pas la tête des enfants (zone sacrée pour les bouddhistes).
- Mange et donne avec la main droite (la gauche est considérée comme impure).
- Pas de tatouage de Bouddha visible : peut entraîner refus d’entrée au pays ou amende. Couvre-le si tu en as un.
- Salue dans la langue locale : Ayubowan (cinghalais) au sud, Vanakkam (tamoul) au nord/est.
Pour aller plus loin sur la culture : mon article sur la population locale, les langues, les religions.

Soutenir l’économie locale
Une des meilleures manières de voyager responsable, c’est de faire en sorte que ton argent profite directement aux Sri Lankais plutôt qu’à de grandes structures internationales.
Mes réflexes économie locale
- Donne des pourboires aux personnes qui te servent : 100-200 LKR pour le tuk-tuk, 10% au restaurant.
- Privilégie les guesthouses familiales plutôt que les chaînes hôtelières internationales.
- Mange dans les cantines locales (“rice & curry shops”) plutôt que les restaurants touristiques.
- Achète tes souvenirs directement aux artisans ou dans les marchés (pas dans les boutiques d’hôtels).
- Prends des chauffeurs-guides indépendants plutôt que de grandes agences.
- Réserve tes activités directement avec les opérateurs locaux (snorkeling, cours de cuisine, surf…).
Le voluntourism : à manier avec extrême prudence
C’est une évolution majeure du voyage responsable que beaucoup de blogs n’évoquent pas encore : le voluntourism (voyage humanitaire payant) est aujourd’hui largement critiqué par les ONG sérieuses (UNICEF, Save the Children, Better Care Network).
Ce qui est problématique
- Les “missions dans les orphelinats” : étude après étude montre que le passage répété de volontaires étrangers traumatise les enfants (attachements répétés, abandons). De nombreux “orphelinats” au Sri Lanka et ailleurs ne sont pas peuplés de vrais orphelins mais d’enfants placés là par des familles pauvres pour attirer les dons.
- L’enseignement par des volontaires non formés : dommageable pour les enfants (méthodes non adaptées, rotation perpétuelle des “professeurs”).
- Les programmes payants 1500-3000 € pour 2 semaines : la majorité de l’argent va à l’organisation occidentale, pas aux bénéficiaires.
Ce qui peut être OK
- Volontariats longs (3 mois+) avec des compétences spécifiques (médical, ingénierie, formation pro) auprès d’organisations sérieuses.
- Don financier direct à une association locale identifiée (souvent plus efficace).
- Beach cleanups, plantations d’arbres : actions ponctuelles concrètes.
Si tu veux faire du bénévolat au Sri Lanka, va voir le Service Volontaire International (SVI) ou France Volontaires qui ont des programmes encadrés et éthiques. Ne paie jamais 2000 € pour aller “aider dans un orphelinat” 2 semaines.
Plantations d’arbres et reforestation
Comme ici, j’avais participé à une journée de plantation d’arbres à Morawaka. Sous la pluie (merci la mousson), nous avons planté plus de 100 arbres !
Ce genre d’initiative existe régulièrement au Sri Lanka. Pour y participer :
- Demande aux locaux : les Sri Lankais sont souvent les premiers à connaître les actions du moment.
- Renseigne-toi auprès de ton hôtel ou guesthouse : beaucoup ont des partenariats avec des organisations locales.
- Suis les pages Instagram d’éco-projets locaux : Rainforest Rescue International, Sri Lanka Wildlife Conservation Society.

4 associations locales sérieuses à connaître
Voici 4 structures vérifiables et reconnues pour leur sérieux. Je te donne des pistes, mais vérifie toi-même leur état actuel avant de les soutenir : les associations évoluent, certaines se transforment, mes infos sont à jour fin 2025.
1. Pearl Protectors
Domaine : environnement marin (plages, baleines, récifs).
Fondée en 2017 par des Sri Lankais, c’est l’une des ONG locales les plus actives sur la protection des océans au Sri Lanka. Beach cleanups réguliers, sensibilisation, lutte contre la pollution plastique.
Comment soutenir : participer à un cleanup organisé, faire un don, partager leurs actions. Site : pearlprotectors.org
2. Sri Lanka Wildlife Conservation Society (SLWCS)
Domaine : conflit homme-éléphant.
Travaille depuis 1995 sur le conflit homme-éléphant, l’un des problèmes majeurs du Sri Lanka. Programmes de protection des cultures par “fences électriques”, éducation des populations locales, recherche.
Comment soutenir : dons, programmes de volontariat de long terme (4 semaines+ avec compétences spécifiques). Site : slwcs.org
3. Sri Lanka Turtle Conservation Project
Domaine : protection des tortues marines.
Programme de conservation basé à Rekawa (côte sud), reconnu pour son sérieux dans la protection des sites de ponte. Évite les “hatcheries” commerciales touristiques.
Comment soutenir : participer aux observations nocturnes de ponte (avec guide formé), dons, volontariat. À distinguer des hatcheries commerciales de Bentota/Kosgoda.
4. AEPSL (Aide aux Enfants Pauvres du Sri Lanka)
Domaine : éducation des enfants défavorisés.
Association française fondée en 1992 par un couple alsacien après l’adoption de leur fille sri-lankaise. Petite structure, projets concrets (parrainages scolaires, soutien aux familles), transparence sur les actions menées.
Comment soutenir : parrainage scolaire (à partir de 25 €/mois), dons ponctuels, achat d’artisanat. Site : aepsl.fr
À noter : je ne te recommande PAS les grands programmes payants type Globalong, Projects Abroad ou autres voluntourism. Ces structures sont contestées pour leurs pratiques avec les enfants vulnérables.
Mon avis : le vrai voyage responsable commence par soi-même
Voyager responsable, ce n’est pas être parfait, c’est faire des choix conscients à chaque étape de ton voyage.
Si je devais résumer :
- Refuse Pinnawala, va à Udawalawe ETH si tu veux voir des éléphants en captivité.
- Privilégie les parcs nationaux pour observer la faune en liberté.
- Apporte une gourde filtrante : LE meilleur geste anti-plastique.
- Privilégie l’économie locale : guesthouses, cantines, opérateurs indépendants.
- Respecte les codes culturels des sites religieux.
- Sois critique sur le voluntourism : ne paie jamais une fortune pour aller “aider”.
- Vérifie toujours les associations avant de les soutenir.
Le Sri Lanka traverse une période économique difficile depuis quelques années. Ton voyage responsable peut faire une vraie différence, à condition que ton argent et ton énergie aillent aux bonnes structures.
